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ZEN Attitude
 

Une recherche
de l'harmonie
Le the vert arrive au Japon sous la dynastie Song (960 - 1279) alors qu'il est consomme en Chine sous la forme de poudre. Les Japonais en conservent le principe d'utilisation. Avec le temps, les maitres de the vont instituer un savoir-faire lie a ceremonie du the qui utilise le macha, the vert en poudre. Hormis ce ceremonial, les vertus du the sont nombreuses et attirent beaucoup les consommateurs.
 

Dépourvu de tout geste superflu pour ne pas distraire la pensée, le maître de thé s'attache essentiellement à amener les invités vers une paix du corps et de l'esprit propice à l'ouverture aux autres. Cette atmosphère de recueillement favorise la délectation du moment présent qui s'achemine, autour d'un rituel précis, vers la dégustation du thé.

Les maîtres du Thé

En 1191, le moine Eisaï (Yosaî) lors d'un voyage d'études en Chine va se soumettre à la loi du bouddhisme zen et devenir le premier Japonais à recevoir le titre de maître du zen. Il ramena au Japon des graines qu'il plantera devant un temple au mont Seburi à Hirato en Kyushu. Eisaï, « le père du thé », écrira un manuel où

 

bol de thé matcha




 

Les moines aimaient le thé qui contribuait à l'éveil du corps et de l'esprit durant les longues heures de méditation. Les samouraïs appréciaient ce breuvage et le raffinement du geste qui lui était attaché. Les shoguns* du xrve siècle et les classes riches recherchaient les ambiances « à la chinoise B. Vaisselle, mobilier, oeuvres d'art étaient déployés à l'occasion de concours de thé, qui étaient un divertissement bruyant. Noami (1397-1432) donnera une destination précise aux objets ainsi qu'une méthode de préparation du thé, mais MurataJuko (1422-1502) sera considéré comme le fondateur de la « Voie du thé » car il introduira la simplicité de l'esprit du zen. Le shogun Ashikaga Yoshimasa, dont il était le maître de thé, fera construire le pavillon d'argent sur une des collines de Kyoto, où une pièce sombre sera aménagée. Celle-ci, qui portait le nom de « Bonté universelle », est considérée

 
 

le thé est considéré comme un bon remède pour conserver la santé. Ce fut lui
aussi qui écrivit le premier
texte zen important
au japon.

 

Cha-shaku : cuillère en bambou pour prendre la poudre de thé matcha
 
comme le prototype de la pièce de la cérémonie du thé. Takeno Joo
(1502- 1555) conjugue
le talent de maître
des fleurs et
 

 

 

# Cha-wan : bol

 

# 0-kashi : gâteaux
# Kuromoji : baguette pour prendre les gâteaux.

celui de maître de thé. Son élève Sen No Rikyu (1522- 1591) est considéré comme le Plus fameux maître du thé. Il conservera l'idée de servir le thé dans une petite pièce à part avec des ustensiles (dogu) fabriqués par des ahsans japonais. Il apportera plus de rigueur à la cérémonie et adjoindra la versification car il était aussi poète. Il donnera une nouvelle interprétation de l'expression wabi* (simple et naturel). Sotan (1578-1658), petit-fils de Rikyu, sera le dernier des grands maîtres de la tradition. Proche des gens ordinaires, il sera un « homme de thé » ayant comme base spirituelle le zen de l'enseignement de Sen No Rikyu. Il divisa sa propriété entre ses trois fils et chacun créa sa propre école. De décennie en décennie, d'autres écoles apparurent. La culture japonaise se nourrit de la « Voie du thé » dans la volonté de faire perdurer le culte de l'instant présent, très cher aux Japonais, et qui fait dire au maître de thé de la maison Chajin à Paris : "Le moment présent ne se répétera plus."

La cérémonie du Thé dit léger
« Cha-no-yu » et la salle de Thé
« Cha-shitsu», selon Sen No Rikyu.

Outre les connaissances issues du passé, Sen No Rikyu apportera sa propre pierre au déroulement de la cérémonie qui prendra pour forme son idéal spirituel : l'harmonie, le respect, la pureté et la sérénité. Généralement pratiquée dans un petit pavillon spécifique (chu-shitsu), séparé des habitations principales, l'accès se fait par un chemin de larges pierres qui rythme le pas en traversant le jardin (roji).

# Hishaku : louche
# Cha-sen : fouet
# Dogu : ustensiles
# Futaoki : repose couvercle et support du hishaku
# Kama : grosse bouilloire en fonte
# Kensui : récipient pour recevoir l'eau de rinçage

*Shogun : chef militaire et civil du Japon, de 1192 à 1867, qui exerçait, parallèlement aux dynasties impériales, le véritable pouvoir.

*Wabi : terme difficilement traduisible, mais signifiant la beauté naturelle, dénuée de toute superficialité.

Selon l'idéal préconisé par Sen No Rikyu, un tel pavillon de petite taille doit être de construction légère et fait de matériaux modestes afin de s'intégrer au paysage et ainsi rapprocher l'homme de la nature.
Le propre des pavillons de thé comme des jardins de thé au Japon est de respecter des règles strictes de construction - les proportions et les matériaux employés - mais de n'être jamais construit à l'identique d'un pavillon existant. Ainsi chaque construction, aussi modeste soit-elle dans son apparence, est une oeuvre unique, reflet du goût du client, du talent de l'architecte et de l'art du charpentier, auxquels il est permis une grande liberté.
A P
P
R
E
N
D
R
E

La cérémonie du thé de nos jours

LA PLANTE
THE

Le thé japonais est le thé
vert non fermenté qui pro-
vient de la plante Camellia sinensis. Au Ja pon, la
vapeur dans des étuves
est utilisée pour éviter la fermentation du thé. Si le
thé chinois ou japonais
provient de la même
plante, le type utilisé est
différent. Au Japon, 86%
sont de type yakubita,
plus adapté à l'étuvage.
Le matcha fait partie au
Japon des 6 % de thés
couverts (culture
ombragée). Les feuilles
plates sont prises et
mises dans une meule.
Les variétés sont
importantes et
apportent plus ou
moins de qualité.

©NEGIAR/CHAJIN

Jardin et pavillon de thé du musée national des Arts asiatiques Guimey.
 
 

LE JARDIN DE THÉ

La traversée du jardin doit permettre aux invités de se préparer le coeur et l'esprit à la cérémonie, le jardin doit, dans sa comligraphie position de minéraux et de végétaux, dépayser ceux qui l'empruntent. C'est là que les samouraïs déposaient les armes. Le jardin de thé aspire à procurer une émotion d'autant plus qu'il est associé à une pratique proche du rituel religieux. D'une beauté austère, il aide les invités à se purifier, à se débarrasser des soucis extérieurs. Basse et étroite, l'entrée (nqiri guchi) oblige chaque participant à se baisser. Les invités laissent ainsi tout sentiment d'orgueil et de supériorité au dehors et se déplacent dans un état d'esprit d'humilité. Les finitions sont d'une extrême précision et donnent l'apparence d'une grande simplicité (wabi). Les jardins de thé sont agrémentés d'arbres à fleurs, de rochers, d'eau. Le maître Rikyu interdisait l'usage de plantes à fleurs trop vives dans une recherche de constante sobriété. La petitesse de la pièce sert à favoriser la comdans muni un de sentiment entre l'hôte et l'invité. En général, la pièce comprend une alcôve (tokonoma) dans laquelle sont disposés une oeuvre d'art, par exemple un

 
rouleau montrant une caligraphie ou une peinture, et un arrangement floral (chu-bana), tous deux en relation avec la saison. Un foyer sert à faire bouillir l'eau et à chauffer la pièce en hiver. Sobriété et simplicité évoquent celles des monastères zen. Néanmoins, les objets et ustensiles nécessaires à la préparation sont soigneusement sélectionnés.
La grosse bouilloire en fonte (kama), la louche en bambou (hishaku), le fouet en bambou (chasen), le chu-ire, boîte à thé en céramique ou en porcelaine ou en laque contenant le thé vert en poudre, macha, et le bol pour le thé ou chu-wan, sont des objets raffinés. Parfois objets d'art, ils doivent être un sujet de discussion courtoise entre les participants à la fin de la réunion, tout comme la calligraphie que l'hôte a pu disposer dans le tokonoma. La cérémonie du thé complète, appelée cha-ji, comprend un repas (kaisekl) qui peut durer quatre heures, sinon un gâteau (O-kashi) très sucré pour faire apprécier l'amertume du thé, est offert avant a dégustation du breuvage.
 
 


"Fais un délicieux bol de thé, dispose le charbon de bois
de façon à faire chauffer l'eau, arrange les fleurs
comme elles sont dans les champs.
En été, évoque la fraîcheur, en hiver, la chaleur,
Devance en chaque chose le temps.
Prépare-toi à la pluie.
Aie pour tes invités tous égards possibles."

Sen No Rikyo

 

La dimension spirituelle

En apparence simple et naturelle, comme tout art véritable, cette réunion est d'une grande subtilité et exige de nombreuses années d'étude et de pratique. L'atmosphère créée par la beauté de l'environnement naturel, des arts, l'harmonie des énergies et le déroulement rigoureux de la réunion permettent au participant d'oublier le monde extérieur pour se concentrer sur son moi intérieur et méditer, donnant ainsi à la cérémonie du thé toute sa dimension spirituelle. Le teishzb maître du thé, tente, à l'aide des gestes justes qui accompagnent son rituel, de puiser dans son humilité les quatre vertus qu'il a l'honneur de transmettre à ses invités : l'harmonie, le respect, la pureté et la sérénité. Le temps.. . d'offrir un thé à chacun de ses invités dans le bol qui sera rincé à chaque fois.
Ce bol souvent précieux qui reçoit le macha parfaitement battu pour obtenir une consistance mousseuse d'une couleur verte printanière, afin de satisfaire l'hôte, n'est-il pas l'aboutissement d'un pur geste d'amour ?

LES QUATRE CARACTÈRES :
WA - KEI - SEI - JAKU

Wa : l'harmonie.
Aucun souci de quelque ordre qu'il soit ne doit venir préoccuper les participants afin de faciliter leur concentration sur ce qu'ils font. Chaque élément environnant doit contribuer à cette recherche de paix : saison, décor, ustensiles.
Kei : le respect.
Considération de l'autre, la recherche du respect concerne tous les participants. Elle passe par

l'asbstinence de l'ego et contribuera à instaurer l'harmonie recherchée. Respect également du lieu, de la nature, des objets et des ustensiles.
Sei : la pureté.
Pureté de l'âme avant tout, mais aussi du corps et des ustensiles. La salissure de la pensée n'a pas sa place ni à son égard ni à l'égard des participants: tout ce qui n'est ni harmonie ni respect doit être banni. C'est aussi la pureté du thé, qui ne doit pas être mélangé à quoi que ce soit.
Jaku : la tranquillité de l'esprit, la sérénité.
La tranquillité de l'esprit ne peut être atteinte qu'au travers de la réalisation des trois premiers principes. Elle les complète. Il s'agit d'un état de réceptivité totale à l'univers du thé dans une énergie de résonance.
Le Maître de Thé : "Teishu"
Il est aisé de comprendre que cette offrande requiert autant de savoir que d'humilité. Au-delà de la simple technicité, le teishu doit d'abord aller chercher au plus profond de lui-même ces quatre vertus, puis les offrir. Cette offrande chaque fois renouvelée fait l'objet d'un chemin à parcourir. Le disciple peut poursuivre cette quête au quotidien, c'est ce que l'on appelle la « Voie du thé » (cha do).

La voie des Quatres Vertus, "Voie du Thé"

Editions La Table d'Emeraude,
de S.J. Soutel-Gouiffes